Statut juridique d'une future
entreprise...
Peu importe l'importance et la nature de l'activité envisagée, le
choix d'une structure juridique adaptée au projet doit être
effectué : entreprise individuelle ou société ?
Le statut juridique correspond au cadre légal dans lequel va être
exercée l'activité.
Ce choix doit être étudié minutieusement, avec l'aide d'un
professionnel, car il entraîne un certain nombre de conséquences
sur le statut, tant au niveau patrimonial que social et fiscal. Il
peut également engager l'avenir de l'entreprise. Il est recommandé
de ne pas partir avec une idée préconçue, mais de se pencher sur
les différents statuts afin d'en analyser les avantages et les
inconvénients par rapport au projet et à sa situation personnelle.
Cette étape consiste à adapter au projet de création
d’entreprise, un cadre juridique qui lui permettra de voir le jour
en toute légalité. Quelle que soit l’activité qui sera exercée,
industrielle, commerciale, artisanale, ou libérale, le choix d'une
forme juridique se fera entre :
- demander son immatriculation en tant qu’entrepreneur individuel
- créer une société
L'entreprise individuelle
L'entreprise et l'entrepreneur ne forment qu’une seule et même
personne. Il en résulte :
- Une grande liberté d'action : l'entrepreneur est le seul maître
à bord et n’a de comptes à rendre à personne. La notion d’ «
abus de bien social » n’existe pas dans l’entreprise
individuelle.
- En contrepartie, les patrimoines professionnel et personnel sont
juridiquement confondus. L'entrepreneur est responsable des dettes
de l’entreprise sur l’ensemble de ses biens y compris ceux
qu’il a acquis avec son conjoint, s’il est marié sous le régime
légal de la communauté réduite aux acquêts.
Il est toutefois désormais possible d'isoler son habitation
principale des poursuites des créanciers en procédant à une déclaration
d'insaisissabilité devant notaire, publiée au bureau des hypothèques
et selon les cas, au Registre du Commerce et des Sociétés, au Répertoire
des Métiers ou dans un journal d'annonces légales.
- L'entreprise porte officiellement le patronyme de son dirigeant,
auquel il est possible d'adjoindre un nom commercial,
- Les bénéfices de l'entreprise seront portés dans la déclaration
des revenus de l'entrepreneur, dans la catégorie correspondant à
son activité : Bénéfices industriels et commerciaux (BIC) ou Bénéfices
non commerciaux (BNC).
- Les formalités de création de l'entreprise sont réduites au
minimum. Il suffit de demander son immatriculation, en tant que
personne physique, auprès du centre de formalités des entreprises
situé à la Chambre de commerce et d'industrie pour les commerçants,
à la Chambre de métiers et de l'artisanat pour les artisans, au
Greffe du tribunal de commerce pour les agents commerciaux et à
l'URSSAF pour les professions libérales.
La société
Créer une société revient à donner naissance à une nouvelle
personne, juridiquement distincte du ou des associés fondateurs.
Par conséquent :
- L’entreprise dispose de son propre patrimoine. En cas de
difficultés de l’entreprise, en l’absence de fautes de gestions
graves qui pourraient être reprochées aux dirigeants, les biens
personnels de ces derniers - et naturellement des associés - seront
à l’abri de l’action des créanciers de l’entreprise, à
l'exception de la société en nom collectif dans laquelle chaque
associé est solidairement et indéfiniment responsable avec la société.
- L'utilisation des biens de la société à des fins personnelles
peut entraîner des poursuites au titre de l'« abus de biens
sociaux ».
- S’agissant d’une « nouvelle personne », la société a un
nom (dénomination sociale), un domicile (siège social) et dispose
d'un minimum d’apports constituant son patrimoine initial pour
faire face à ses premiers investissements et premières dépenses
(capital social).
- Le dirigeant désigné pour représenter la société vis à vis
des tiers n’agit pas pour son propre compte, mais au nom et pour
le compte d’une personne morale distincte. Il doit donc respecter
un certain formalisme lorsqu’il est amené à prendre des décisions
importantes. De même, il doit périodiquement rendre des comptes
aux associés sur sa gestion.
- Au niveau fiscal, la société peut être imposée personnellement
au titre de l’impôt sur les sociétés (IS) soit de plein droit,
soit sur option.
- La création de la société donne lieu à des formalités complémentaires
: rédaction et enregistrement des statuts auprès du centre des impôts,
parution d’une annonce dans un journal d’annonces légales…
Le choix d’une structure repose sur les critères
suivants
La nature de l’activité
Certaines activités - elles sont rares - imposent le choix de la
structure juridique. C'est par exemple le cas des débits de tabac
qui doivent obligatoirement être exploités en entreprise
individuelle ou en Société en nom collectif. Il est donc prudent
de se renseigner au préalable auprès des organismes professionnels
concernés, des chambres consulaires ou en se procurant des fiches
ou ouvrages sur l'activité choisie.
La volonté de s’associer
On peut être tenté de créer une société à plusieurs pour des
raisons diverses : patrimoniales, économiques, fiscales ou encore
sociales.
Mais si l'on n'a pas, au départ, la volonté réelle de s'associer,
de mettre en commun ses compétences, connaissances, carnet
d'adresses... "pour le meilleurs et pour le pire", les
chances de réussite seront considérablement amoindries.
Certains professionnels souhaitent être "seul maître à
bord" et ne supportent pas d'avoir des comptes à rendre.
Mieux vaut alors rester indépendant, en entreprise individuelle ou
EURL par exemple, quitte à s'associer avec d'autres pour ne
partager que certaines charges et ainsi réaliser des économies :
c'est le cas de la Société civile de moyen (SCM) ou du Groupement
d'intérêt économique (GIE) par exemple, dans lesquelles chaque
associé reste indépendant au niveau de l'exercice de son activité
professionnelle.
L’organisation patrimoniale
Lorsque l'on a un patrimoine personnel à protéger et/ou à
transmettre, le choix de la structure juridique prend toute son
importance.
Constituer une société permet de différencier son patrimoine
personnel de celui de l'entreprise et donc de protéger ses biens
personnels de l'action des créanciers de l'entreprise.
Il convient cependant de préciser trois points :
- Le rempart juridique, que constitue une société, sera différent
d'une structure à une autre. En effet, dans une Société en nom
collectif (SNC), par exemple, chaque associé est solidairement et
indéfiniment responsable avec la société. En cas de difficultés
financières, si les biens de la société ne suffisent pas à désintéresser
les créanciers, ceux-ci pourront faire saisir les biens d'un ou de
plusieurs associés, à charge pour ces derniers de se faire
rembourser en partie par ses co-associés.
- Quelle que soit le type de société choisi, le ou les dirigeants
(de droit ou de fait) sont garants de la bonne gestion de
l'entreprise à l'égard de leurs associés et des tiers. Si ces
derniers sont en mesure de prouver qu'ils ont commis des fautes de
gestion se révélant être à l'origine des difficultés financières
de l'entreprise, ils pourront rechercher leur responsabilité et
intenter à leur encontre une action en comblement de passif.
- Enfin, dès l'instant où la société demandera un concours
bancaire, il sera probable que la caution de certains dirigeants ou
associés sera exigée.
Les besoins financiers
Les besoins financiers ont été déterminés lors de l'établissement
des comptes prévisionnels.
Lorsqu'ils sont importants, la création d'une société de type SA
ou SAS peut s'imposer pour pouvoir accueillir des investisseurs dans
le capital.
Attention cependant à ne pas confondre "capital minimum"
et "besoins financiers de l'entreprise". En effet,
certaines sociétés imposent un capital social minimum, qui n'a
naturellement aucun rapport avec les besoins financiers réels de
l'entreprise.
Le fonctionnement de l’entreprise
Selon la structure choisie, les règles de fonctionnement seront
plus ou moins contraignantes.
Dans l'entreprise individuelle, le dirigeant est seul. De ce fait,
les règles de fonctionnement sont réduites au minimum. Il prend
toutes les décisions et engage en contrepartie sa responsabilité.
Dans les sociétés, le dirigeant n'agit pas pour son propre compte,
mais au nom et pour le compte de la société. Il doit donc observer
un certain formalisme et requérir l'autorisation de ses associés
pour tous les actes importants qui touchent la vie de l'entreprise.
Le régime social de l’entrepreneur
Ce critère a longtemps été déterminant dans le choix de la
structure juridique. En effet, certains créateurs n'hésitaient pas
à constituer des sociétés fictives pour être rattachés, en tant
que dirigeant, au régime général des salariés.
La législation a aujourd'hui largement évolué vers une
harmonisation des statuts et le régime des salariés n'est plus
aujourd'hui la panacée.
Cependant le régime social demeure un critère à prendre en compte
dans certains cas particuliers et notamment lorsque le créateur a
cotisé pendant de nombreuses années dans un régime de retraite
complémentaire de cadres.
Le régime fiscal de l’entrepreneur et de l’entreprise
Selon le type de structure choisi, les bénéfices de l'entreprise
seront assujettis à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les
sociétés. Là encore, ce critère sera rarement déterminant en
phase de création. En effet, il est difficile d'évaluer précisément
le chiffre d'affaires prévisionnel de la future entreprise et
d'effectuer ainsi une optimisation fiscale réaliste.
Néanmoins, si l'entreprise peut bénéficier d'une mesure d'exonération
d'impôts sur les bénéfices, se placer sous le régime de l'impôt
sur le revenu sera plus avantageux. En effet, l'exonération portera
alors sur l'intégralité des bénéfices, rémunération du ou des
dirigeants comprise.
La crédibilité vis-à-vis des partenaires (banquiers, clients,
fournisseurs...)
Il est indéniable que pour approcher certains marchés, la création
de l'entreprise sous forme de société avec un capital conséquent
sera recommandée.
Le créateur devra prendre en considération ces différents critères,
en évitant de faire reposer son choix sur un seul d’entre-eux. |
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